A 2 jours du vernissage de l’exposition de Bertrand Gadenne, Elsa Gaudefroy-Demombynes et Manuel Ruiz-Vida au Today Art Museum à Pékin, la résidence commencée le 2 octobre 2008 a pris un sacrée coup d’accélérateur !
Travailler avec les chinois demande une bonne dose de patience et d’intuition et cette façon de tout faire à la dernière minute et dans la bonne humeur nous déconcerte toujours un peu.
La résidence affiche encore une quinzaine de jours au compteur et l’heure n’est pas au bilan, mais plutôt à un point d’étape. Une chose est sûre, c’est que la découverte de ce pays a fasciné et séduit Bertrand, Elsa et Manuel qui prolongeraient bien l’expérience… Les premiers jours d’immersion dans une ville comme Pékin qui demande une énergie de tous les instants, ressemblent un peu à un stage de survie avec apprentissage accéléré de la langue des signes. Le passé s’allége, le présent s’impose et les rencontres deviennent essentielles et fortes. Ici, tout est « géant » !
Le bouillonnement aussi bien en termes de création artistique qu’en termes de vie quotidienne et d’évolution du paysage urbain agit sur les occidentaux comme une potion magique qui leur rappelle que la Chine d’aujourd’hui est le pays de tous les possibles, même si une simple connexion internet peut poser des problèmes insolubles !
Il faut dire que les conditions de vie des artistes chinois ont de quoi faire rêver plus d’un artiste français. Les multiples villages tels Caochangdi, Song Zhuang ou le fameux 798, (baptisé le nouveau SoHo de Pékin, le lieu historique où tout a démarré en 2003/2004 sous l’impulsion de Hang Rui), sont une particularité de tissu social et artistique chinois. Les artistes s’y regroupent en communautés, ils y vivent, y travaillent et vendent dans un seul et même lieu. L’histoire est toujours la même, au début, une poignée d’artistes s’installe, les galeries flairent la bonne affaire et en quelques années, voire quelques mois, le public plébiscite, même si le niveau de ce qui proposé est très inégal. Voilà un système bien rôdé !
Une des composante les plus importantes que les 3 artistes français ont bien intégré, c’est que l’art contemporain à Pékin n’existe que par son intégration dans un marché et que en Chine, art et business forment un couple inséparable.
Vitalité, jeunesse, dynamisme, tous ces adjectifs caractérisants la société chinoise d’aujourd’hui sont applicables à l’art contemporain. Alors pas étonnant que nos trois lillois aient ouvert grands leurs yeux et leurs oreilles pour se laisser traverser par les vibrations d’une ville toujours en mouvement avec 3,5 millions de voitures et 1200 de plus par jour, et où l’édition d’un plan relève du cauchemar. Inutile d’ailleurs à Pékin de chercher un plan de métro à jour, il n’y en a pas, quant au plan de la ville que vous aviez acheté avant de partir, il pourra bientôt aller au musée, puisque le quartier où vous êtes a, soit a été détruit et reconstruit, soit a poussé en quelques mois, défiant les repères cartographiques et le sens du patrimoine historique à l’honneur en Europe.
C’est donc cette mégalopole en devenir de presque 16 millions d’habitants, que le 2 octobre 2008, au lendemain de la fête nationale chinoise célébrant la fondation de la république en 1949 par Mao Tsé-toung, Bertrand, Elsa et Manuel ont posé leurs bagages pour 6 semaines à la Beijing Film Academy où ils ont été reçu par l’artiste Gonglin, professeur dans ce même établissement.
Fidèle à son projet de départ, Bertrand Gadenne s’est mis à l’écoute de la nature et de la vie des pékinois dans les très nombreux parcs de la ville où il a rencontré des musiciens, des flâneurs, des cerfs-volants ou des pratiquants de Tai Chi et autres adeptes des arts martiaux et de la relaxation à la chinoise. Il a vécu l’été indien pékinois au rythme de la transformation des arbres, arpenté en tous sens les allées des moindres espaces verts et regardé rougir les feuilles entourant les lacs du Nord Ouest de la ville. Ce poète de la lumière a trouvé ici la plus belle qui soit, celle de l’automne à Pékin, vive et acérée, qui a tant séduit Loti, Segalen et après eux tous les voyageurs qui se sont rendus à Pékin en automne.
Elsa Gaudefroy-Demombynes a atteint les multiples objectifs qu’elle s’est fixé pour cette résidence :
1/réaliser des entretiens avec des pékinois dans la ligne de son projet « Par amour des disparus ». Malgré la barrière de la langue (une interprète participe au projet), les rencontres furent marquantes.
2/travailler avec des musiciens traditionnels chinois (Erhu avec Xie Bowen et Gusheng avec Zhang Wei) qui débouchent sur deux performances publiques au Today Art Museum les 1er et 8 novembre.
3/faire une performance filmée à Tianmo près du village de Longbaoshan à 80 km au Nord de Pékin, pas bien loin de la grande muraille. Tianmo et ses quelques dunes nées de dépôt de sable amené par le vent du désert de Gobi est un lieu tout à fait improbable. Un paysage désertique saharien en pleine campagne du Hebei, où des arbres ont été plantés pour arrêter la progression du sable et la désertification de la zone. Un lieu idéal de tournage malgré la tempête de sable qui nous accompagna tout au long de la performance d’Elsa.
Manuel Ruiz Vida, peintre, est parti en Chine avec l’envie de photographier (la photographie joue le rôle d’un carnet de note à l’origine de son travail de peinture) et de filmer. C’est à Pékin qu’il a décidé de ne pas se laisser enfermer dans les catégories habituelles et d’utiliser le meilleur médium adapté à la situation du moment, en l’occurrence, la vidéo. Il a choisi comme terrain d’exploration le métro. Il y passe ses journées, déjoue les interdictions de filmer et va devenir un expert en ce qui concerne ce moyen de transport où les pékinois passent en moyenne entre 3 et 4h par jour.
Avant de partir, il voulait absolument filmer les lieux industriels qu’il affectionne en Europe, mais devant les interdictions difficiles à contourner même avec un ordre de mission de la Beijing Film Academy stipulant qu’il tourne pour un projet artistique, il s’est engouffré dans le métro, ouvert à tous … Manuel a aussi réussi à aller à Xiditou, près de Tianjin, un des « villages du cancer » victime de la pollution chimique dégagée par les usines de la ville où la population est sacrifiée sur l’autel de la croissance économique et de l’enrichissement du pays. Là aussi, il a pu constater que ni la caméra, ni l ’appareil photo étaient les bienvenus…A son retour à Lille, il reprendra la peinture avec un nouveau regard, celui d’un artiste qui a expérimenté la fluidité de l’image qui bouge …
Françoise
Retrouvez les artistes à Pékin au Today Art Museum du 1er au 8 novembre 2008
http://www.ccfpekin.org/evenement/exposition.ip?locale=fr
http://www.todayartmuseum.com/EN/TodayGalleryEN.aspx
Samedi 1er novembre 2008 à 15h :
Vernissage de Escape[s] au Today Art Museum à Pékin.
15h30 : performance d’Elsa Gaudefroy-Demombynes avec Xi Bowen (Erhu)
Samedi 8 novembre 2008 à 15h :
Décrochage et performance d’Elsa Gaudefroy-Demombynes avec Zhang Wei (Gusheng)
Today Art Museum
Everyday 10:00 am. — 5:00 pm.
Building 4, 32 Baiziwan Rd, Chaoyang district
Beijing 100022
Tel: #65306;010-58760600
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