Archives mensuelles pour décembre 2008

Manuel Ruiz-Vida en résidence à Pékin

Manuel Ruiz-Vida est peintre mais c’est avec un appareil photo qu’il fixe les images qui lui font signe et qui donneront peut-être un jour naissance à une toile.

Lors de mes déplacements, je prends beaucoup de photos de Pékin; j’observe la surface des murs où se reflètent des ombres, des intérieurs de restaurant la nuit, l’architecture ultra moderne du métro, le déplacement des chinois sur les passerelles,  à travers des constructions graphiques, des images reflétées sur le sol, des transparences,  etc …

 

Il m’est difficile de pouvoir photographier des usines. Je me suis rendu il y a quelques jours à Xiditou, appelé “village du cancer”. Il y a un nombre considérable de bâtiments industriels, beaucoup de gens vivent au pied des usines. La police est intervenue et ne m’a pas autorisé à prendre des photos. Malgré cela , j’ai quelques images reflétant les conditions de vie des habitants. L’air y est difficilement respirable, certains chiens errent dans le village à la recherche de déchets.

 A Pékin, je prenais souvent le métro, j’ai passé beaucoup de temps à filmer les aller -retours des pékinois, les rythmes quotidiens, à l’intérieur et à l’extérieur des rames, l’aménagement linéaire des différentes stations où je choisissais de m’arrêter chaque jour ou parfois au hasard, je pouvais ainsi découvrir un nouveau quartier. Ce qui m’a tout de suite frappé, c’est l’énergie de la ville, de la foule et de la multitude de véhicules qui circulent, mais aussi des édifices démesurés et vertigineux parfois noyés dans la brume de pollution, les rendant fragiles et presque invisibles. Dès notre arrivée, une étrange lumière nous a presque donné l’impression d’être dans une autre planète. En découvrant cette immense mégapole chinoise, j’ai pensé au futur, à la vue du modernisme de ces innombrables constructions et écrans lumineux, et à quelque chose qui me dépasse. Comme si tout allait très vite. Certaines des images visibles ici et dans une autre rubrique, traduisent un regard pictural, qu’il s’agisse de l’importance de la couleur, de la lumière, d’une composition abstraite, ou d’une image peu reconnaissable comme celle d’un détail de rideau plastifié, ou d’un mur noir où sont écrits des noms à la craie blanche éclairés par une lampe. Mon intêret pour les ombres s’est révélé à Pékin. Celles projetées des arbres, des feuilles, ou des personnes sur le mur ou le sol.  D’autres photographies montrent des moments de vie, le travail des ouvriers dans un chantier, des enfants avec leurs jouets, des passants marchant dans les rues, jouant aux cartes sur un banc, ou se reposant. Le cadrage et le point de vue des scènes indiquent la construction des images, la lecture de l’espace lorsqu’il s’agit par exemple d’une passerelle urbaine, d’un quai, de câbles électriques, ou de toits éclairés la nuit, pour ainsi amener le regard du spectateur du haut vers le bas de l’image, ou du fond au premier plan comme dans l’image ci -dessous.

Manuel

 

 

Manuel - Pékin - 2 octobre/12 novembre 2008


Revenir de Pékin … Elsa G.

 

Le défi est maintenant là. Retrouver le périmètre des petits espaces, des petites surfaces, s’en accomoder, s’en contenter. S’habituer à ce nouvel agencement de ville et son accueillante agglomération qui semble presque tranquille à côté de Pékin l’immense, la monstrueuse. Lille, avec ces briques bienveillantes, ses rues pavées, ses grands boulevards où les voitures s’arrêtent pour faire passer les piétons …De retour, canalisant les événements vécus, je tente de cristalliser une vue moins parcellaire de ce séjour-résidence de six semaines à Pékin. Ce qui ressort invariablement de cette expérience : La difficiculté de comprendre, de se faire comprendre au sein de cet habitacle social dans lequel nous cherchions tous notre place … difficile, très difficile. Une véritable épreuve de communication en direct, sur toutes choses, de la plus simple à la plus délicate. 

Mais plus on ressent de la difficulté, plus le mystère croît. C’est paradoxal mais trés réel. Le constat quotidien de ne pas être compris, de ne pas comprendre (en premier lieu, la langue) finit par créer une sorte d’attirance. Cela s’explique aussi par le fait que la civilisation chinoise soit vraiment tournée sur elle-même et que la périphérie ne l’intéresse pas, elle adopte ainsi une position trés protectionniste qui lui convient et dont elle tente d’assurer toujours ses arrières. Mais plus elle adopte ce comportement, plus on cherche à savoir ce qu’elle veut nous dire, et cela crée du désir, un désir presque charnel. C’est peut-être pour cela que j’ai choisi de filmer la ville, dans sa physicalité, en me postant sur le toit des taxis, faisant ainsi danser la caméra au-dessus des périphériques … La triade : campus (notre lieu d’habitation) -ville (notre lieu d’observation)-musée (notre espace d’exposition) a finit par provoquer une certaine habitude de vie, un certain rythme, qui mettait de côté les découvertes spontanées ou surprenantes … Pour se sentir vraiment disponible, être du voyage, aurait-il fallu pouvoir prendre davantage le train … et oublier la ville, oublier Pékin, jouer à l’urbain amnésique  … Difficile donc de passer entre les mailles du filet. Les rencontres se sont produites mais toujours avec cette distance, cette pudeur caractérisé des chinois, qui n’expriment que rarement leur point de vue personnel, ou qui par un merveilleux sourire tout asiatique vous donne une répartie toujours aussi déconcertante, puisqu’ils ne répondent pas directement à la question. Dans le cadre de mes entretiens filmés, j’ai pu tout de même rencontrer des personnes de milieu plutôt modestes, qui s’appuient toujours sur une version collective dans leurs propos, mais finissent tout de même par les nuancer, pour donner un peu d’eux-mêmes. J’y ai trouvé une véritable humilité, une manière de recevoir la vie comme elle venait, avec beaucoup moins d’angoisse préméditée que les occidentaux …

Être au coeur de cette véritable machine de guerre artistique qu’est Pékin, avec ses ateliers d’artistes immenses, ces centres d’arts démeusurés, ces musées privés incroyables, est à la fois trés excitant mais à force de recevoir tout cela de plein fouet, on se sent avalé par cette puissance. Nous avons rencontré des artistes, qui s’emploient à le rester, à demeurer marchandisables le plus possible, pour ne pas perdre de vue leur position sociale parfois si enviable … 

De retour en France, pleine d’entrain, je pensais profiter de cette confrontation pour me lancer dans de nouvelles aventures artistiques, sans aucun complexe, avec cette même ferveur déterminée … mais la crise actuelle m’a vite désenchantée.

Comme toute chose qui parfois assomme, il faut tenir, trouver en soi lesréponses, et ne pas se contenter seulement de ce que l’on voit ou entend ; le challenge, lui, est énorme. L’atelier, le laboratoire est maintenant dans ma ête, et je souhaiterai qu’une chose, revenir en Chine, voir davantage d’horizons, de paysages nus, et pas seulement cette ville, Pékin, qui déploie intérieurement une énergie démentielle, puisque elle ne s’arrête jamais … On ressent assez vite de la fatigue, mais qui permet aussi de se mettre à distance, pour ne pas être noyé tout à fait.

Merci à ceux et celles qui n’ont permis d’accéder à ce “One World, one dream”.

Elsa Gaudefroy-Demombynes, 27 novembre 2008